Eric Lafitte

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J'ai vu sourire des chemins



J'ai vu sourire des chemins

l'automne couvrait les fronts de nuages

les fleurs tremblaient comme un nom prononcé à bout de souffle

Ce qui restait de moi s'éloignait

les mains vides

dans le sommeil

la beauté du soi voilant la gravité du sang et son visage

dans cet espace vibrant de lumière

était celui de mon Père

Au merveilleux des sourires



Au merveilleux des sourires, unis-toi

les armes refusées

les choses fragmentées retardent chaque jour

Presse-toi d'accepter de la vie la présence

les moments inexprimables

Au merveilleux

laisse sans regret ton monde disparaître

le premier appel


Dans la solitude

j'attends

en ma main

que l'enfance vienne boire

l'eau purifiée de ses larmes

Un fleuve

le regard lumière

éveille

le premier appel à la vie

le premier appel

Le vent creuse la terre

J'oublie

l'écho de la douleur

la potence

l'absence

les murs qui suintent de sang

le feu de la haine qui détruit l'intérieur

je reviendrai

semer des chansons

de ces histoires que l'on recueille la nuit

visage vers les étoiles levé

jusqu'à ce qu'il soit couvert de rosée

J'invoquerai le soleil et la pluie

ton regard et tes tristesses

l'aurore les jours enfuis

ta présence les oublis

je regarderai la vie passer de sous les songes

Et j'attendrai

que tu te souviennes de moi

Oui j'attendrai,

et tu seras là

De ces heures fragiles



De ces heures fragiles qui précèdent le jour

parle-moi

de ce que nous fûmes, avant, de notre gloire
de ces anges aux figures d'automne nos compagnons

parle-moi

de ces fleurs posées sur nos chemins de rosée
comme des baisers à portée de main
des flambeaux que l'on voyait au loin
de tous ces ciels qui paradaient nous invitant à les suivre
des chants des rires qui précèdent le pas à inventer
des histoires qui n'en deviendront jamais

car nous n'avions besoin de rien
sinon de nous
sinon de nous

Parle-moi, dans mes nuits dans mes rêves
dans l'obscurité de mes yeux fermés fais tomber les pluies printanières
que les ruisseaux abreuvent les terres arides de ce qui n'existe pas encore
laisse-moi voir sous les jupes du temps inconnaissant de mon enfantement
si l'hiver s'annonçant n'est que l'espace entre deux cœurs qui s'éloignent

Parle-moi, j'ai si faim d'autre chose que je pourrais ne plus rien te demander

car je n'ai besoin de rien
sinon de toi
sinon de toi

Le mur en face



Le mur en face. Peinture écaillée. Craquelures.

Il en suit les lignes, cela semble dire quelque chose.
Cela dit : Miroir.

Ces craquelures sont des images de lui.
Regarder ailleurs.
Plafond.
Des taches au plafond. Semble vouloir dire quelque chose...
Craquelures et taches...

Finalement fermer les yeux.

Une porte claque. Déchirure.
A force de déchirure, le cœur...

Il la voit sourire, la porte s'entrouvre, il fait semblant de dormir, se ferme, il veut continuer à la voir, elle disparaît de plus en plus facilement, ses traits sont moins nets, les images s'estompent, comme une scène qui s'éloigne, toujours un peu plus.

Qu'en sera-t-il quand il ne la verra plus ?
Cette pensée est une pierre qui se coince dans sa gorge. Suffocation. Le cœur dans un étau, le bruit des machines qui s'affolent, les voix inquiètes, d'autres qui rebondissent dans les couloirs, lumières artificielles. Ses murs deviennent noirs. Le mur en face.

Il parvient, en grimaçant, à se lever. Dans le miroir de la salle de bain, malgré la lumière crue, la pâleur de son visage.
Ce n'est pas l'heure, pas encore. Lentement il s'affaisse . Le carrelage glacé. Le plafond comme horizon.

Sur un banc, dans le parc.
Le vent fait tourbillonner des feuilles mortes, la terre à ses pieds creusée de tous ses pieds porte une flaque de pluie. Reflet du ciel nuageux.

Il se persuadait que ses traits resteraient à jamais gravés, mais c'est comme le ciel...
Rien ne se grave sur un ciel qui passe
chaque instant est un glissement vers l'oubli

- je ne t'oublierai jamais...

Les images se dissolvent jusqu'au mur craquelé
jusqu'à l'effondrement.

De retour, après tout ce temps. Les choses n'ont pas bougé, seulement recouvertes de poussière. Partout elle est là. Nulle part elle n'est là. Il enlève les draps, des deux côtés le matelas est creusé
il s'allonge
dans son creux à elle
sent son parfum monter, le remplir jusqu'à lui fermer les yeux.

Comme le rayonnement d'une source lumineuse qu'il suffit de laisser venir de l'intérieur.

Couleurs d'automne


De tes campagnes, tu as récolté des ocres

des jaunes des rouges

dans les poches

sous les yeux

le orange de la gorge de l'oiseau

sur la peau avec le fané des roses et des

lilas

-les couleurs sont des odeurs dont on se souvient avec les yeux

Le gris de tous les nuages un jour

sur les cheveux s'est posé

pour ne plus en partir.

Le bleu dans les yeux

toujours plus profond

comme s'il avait aspiré un peu de tous ces ciels

d'été rencontrés

et en avait fait réserve

au cas où l'hiver dure plus longtemps que prévu.

Dans une rue tu marches

un chemin un rêve

traversé d'images

tu traverses les heures

comme un bateau tranquille qui ne cherche plus

de port en particulier

et toutes ces couleurs te donnent l'invisibilité qui avait toujours été là.



couleurs d'automne

Voyage à deux



« … le linge avec ces machines qui tournent à plus de 1600 tours -tu te rends compte, 1600 tours ?, forcément il ne sort pas pareil... tout esquinté. ». Clémence parle, elle parle...

Ivan, assis sur le siège en face, mais pas directement en face, légèrement décalé pour ses jambes, ne l'écoute plus depuis longtemps. Il essaie de se souvenir : 25, 30 ans ? De temps en temps, il acquiesce, selon une technique si au point qu'il ne s'en rend même plus compte, les lèvres pincées de se retenir ; ni l'un ni l'autre ne regardent le magnifique paysage de criques et de plages qui défile.

Clémence dit tout ce qui lui passe par la tête, et il s'en passe des choses là-haut, peut être la pensée de la machine à laver vient de là... Heureusement qu'elle est dans le sens de la marche, parce que sinon... « … je ne supporte pas d'être dans le sens inverse, ça me rend, ça me rend... » Elle le prend à témoin, comme si elle lui révélait là ce secret, et lui se demande combien de fois, combien de fois ! Des centaines des milliers ? « … malade... ». Il aurait pu finir sa phrase, s'il en avait eu le courage.

Le train s'arrête, pas Clémence, qui voit la porte de séparation du wagon se refermer toute seule, elle lui montre, il s'en fout, elle insiste alors et il se tourne pour bien montrer qu'il a vu, qu'elle arrête son cirque les autres voyageurs les observent, il y en a même un qui sourit, quand il était jeune pour bien moins que ça il avait coller des marrons...

Mais rien ne l'arrête, sauf quand c'est lui qui parle, c'est tout juste s'il ne doit pas lever la main, demander le bâton de parole : Roger, ça fait longtemps !... Il n'a pas le temps de trouver les bons mots qu'elle embraye : « … Oui, il est de quelle année déjà lui ? 33, 34 ?... »

Par réflexe venant de temps lointains, il ouvre la bouche pour répondre, et comme toujours c'est sa voix à elle qui sort : « Faut dire qu'il allait tous les jours se baigner vers les rochers, alors à son âge, peut être qu'il lui... »

Il n'entend pas la suite, il voit Roger avec son bonnet de nage, de l'eau jusqu'au torse, lui faire signe en mimant des mots qu'il comprend : « Mon garçon, je sais pas comment tu fais !... » Roger qui disparaît un moment sous l'eau, et c'est lui qui réapparaît, sans le bonnet et Clémence sur la plage dont les lèvres bougent comme s'il était à côté, alors qu'il s'éloigne inexorablement.

Clément lui tapote le genou : « Tu étais où ?... »

il veut lui répondre : « excuse-moi... »

« Bon je disais... Tu t'en souviens ?

Lui dire : excuse-moi, toutes ces années, je ne t'ai pas écoutée...

Tu t'en souviens n'est-ce pas ?...

je ne t'ai pas écoutée, je m'en veux, j'aurais dû...

N'est-ce pas ?... C'était sur une place...

j'aurais dû te dire...

Une place... non plutôt une esplanade...

te dire... ou partir...

Esplanade... un nom curieux...

mais je t'aimais tellement...

L'esplanade de... des horizons ?...

j'avais peur... illusions...

Voilà,l'esplanade des illusions ! Tu t'en souviens donc ?

Et il se voit, marchant dans son bel habit de cérémonie, s'appuyant fièrement sur la magnifique canne-épée qui lui avait offert son beau-père, et Clémence, rayonnante dans sa longue robe à volants de dentelles, le regardant lui baiser la main, muette d'admiration.

Je me vois



Je me vois, je n'ai pas un an trois mois deux jours montre en main, ma tototte goût fraise à la bouche – c'est donc un mardi, le lundi c'est caramel, le mercredi citron meringué etc- ma mère tourne les pages jaunies d'un épais livre. Je suis très concentré sur ses mains qui semblent courir sur le clavier d'un piano invisible et j'entends sa voix qui vient des jours d'avant, des jours sans moi ; et je pense : Maman, Kant, pour commencer, n'est-ce pas un peu exagéré ?, ce à quoi elle répond : Mon chéri, j'ai de grandes visées pour toi, tu seras philosophe, pour le moins.

Je me vois, dans la force de l'âge, j'ai cent deux ans, quelques dents en moins laissés au passage de peaux trop dures, au milieu de ruines. L'ancien monde est parti en fumée, et les livres avec, il ne reste rien, seulement dans la mémoire vacillante des mots flottant au dessus de vapeurs toxiques. Assis sur le tas consumé de l'espoir d'arriver quelque part -même pas chaud aux fesses- je réfléchis la lumière qui a disparu. Et la voix de ma mère s'insinue dans le silence : Philosophe, tu vois...

A quinze ans, je referme la bible, le nouveau testament que j'ai piqué dans la sacristie le jour où le curé m'y avait attiré pour m'annoncer que c'était tout à fait normal que je l'embrasse sur la bouche. Je pense : Je ne serai pas un père de l'église qui s'habille en robe longue pour se faire passer pour mon père. Et ma mère me dit : Tourne la page, sinon tu ne connaîtras jamais la fin de l'histoire...

A trois ans, je ne lisais pas, j'allais pas faire mon intéressant et commencer avant tous les autres ; sauf sur les lèvres des grands, et sur leurs lèvres il n'y avait pas toujours des bisous, des fois pas du tout. Alors j'ai commencé à ranger des bisous un peu partout, surtout dans mes rêves.

A cinq ans,je lis je ne sais plus quoi comme mots, mais à force de lire sur des lèvres, j'ai appris à voir ce qu'il se passait avant d'arriver aux lèvres, jusqu'aux pensées. J'ai compris que ce que pensaient les autres, ce n'était pas toujours pas souvent ce qui sort de la bouche. Alors j'ai commencé à inventer des mots qui ne me ressemblaient pas, des mots qu'on attendait de moi qui n'étaient pas moi.

A sept ans, dans mon livre de français, je lis des reproductions de Van Gogh, des pommiers en fleurs, des godillots, je lis des lacets qui vivent, des fleurs qui poussent sur la surface lisse et glacée d'une feuille de papier que je soulève pour voir d'où pourrait venir cette lumière... Je me dis que les images sont faites de tant de mots que je n'entends pas qu'il n'est pas besoin de mots. Alors ces mots sûrement je l'ai gardés pour un jour raconter ces images qui parlent en moi.

A treize, quatorze, quinze ans ou bien avant qui sait ? Rimbaud me découvre dormant sur l'herbe d'un val... J'en oublie les mots, je me dis à son âge, tout à l'heure, je ferai comme lui : amnésique.

Un peu plus tard, je lis les filles, ces pages juste blanches, au début, je ne comprends rien à ce langage,aujourd'hui pas tellement plus, c'est si exotique que je me sens Robinson, vendredi étant veille de week-end, et je reprendrai la lecture en cours. Je me dis : Ce qu'il est écrit sur la peau des filles, il me faudra plus d'une vie pour le lire, et bien d'autres pour le comprendre.

Aujourd'hui, je marche dans les bois, mes pas soulèvent des feuilles mortes et font remonter la surface des choses des mots qui me demandent. Des mots qui me demandent.

Une dernière chose



Une dernière chose avant de partir :

Regarde les lumières

mon amour

les roses de la solitude.

Le fleuve caché.

Nous sommes l'eau

petits oiseaux

le sel de la vie

le reste est silence.

Inconnu.

C'était bien.


Petites choses



Au réveil un sourire

C'est comme des fenêtres

qui s'ouvrent

pour laisser s'échapper la nuit

L'invention d'un point (3)



On est toujours parti

de quelqu'un

de quelque part

de quelque chose

qui


quoi

des quoioùquis se cherchent des excuses

derrière des portes fermées

des couloirs obscurs

des chemins de sable où les pas possibles

s'effacent

bulles de savon couchants d'été

des mains avides qui s'agrippent à des courants d'air

pour s'extirper de la boue originelle

du rêve premier

l'invention d'un point

dans la figure du néant

L'invention d'un point (2)



L'homme privé de lui-même

s'écoule

rivière de sang

rien

feuille détachée de l'arbre

cherche à comprendre la forêt

grain de sable dans une tête vide

la perle à venir

s'étouffe de nocturnes voisinages

les roses sur les joues

le col boutonné

autour d'une branche aux bourgeons fanés

comme un rappel

les Dieux sont fatigués de colmater les brèches

une scène désertée résonne de cris d'oiseaux se disputant les restes d'un mauvais rêve

Des cloches au loin

sonnent

un souvenir d'été fuse dans la traîne d'une femme pressée

les yeux sont faits

pour être vus


L'invention d'un point



J'étreins des filles de fer

et je m'étonne

des prisons

champignons

qui surgissent à la moindre larme

le long de mes chemins de faire

aux pieds

je m'étonne

des traînes sombres

cheveux de nuit

dans le sable des jours

je construis ma demeure

je m'étonne du poids du ciel

sur les yeux de cendres

et du vent qui traverse la peau

frontière de brouillard

dont je couvre le tremblement de mes os

je m'étonne de mon reflet

dans le miroir des corps

qui glissent

à la surface d'un monde peuplé

de cris

de mort

de fleurs

de couleurs qui disparaissent

au moindre soupir

de jours qui courent

toujours plus vite

sur des horizons oubliés

je m'étonne de l'oubli

de ce que je suis


l'invention

Alimentation générale



J'aime bien le mot : mot.

On peut lui faire dire n'importe quoi

tout ce qu'on veut, ou pas.

Le mot mot, c'est Maurice qui rit qui pisse

quand il boit trop de pastis

c'est Mohamed qui crie qui craint

quand il noie son chagrin

Le mot M.O.T aime ôter ses vêtements

sur la page blanche, immobile nu.

Momo, c'est pas Mama ni Papa,

c'est moimoi sans les i sur les points

Momo locomo, le loco, le coco, le moko

Pépé sur la toile cirée, pose des mots

et le mot rue, salé

Mémé, sur le lit couchée, attend un mot,

et son heure, et le mot heure s'arrête.

Le mot sexuel est d'un autre genre, un mot, des mâles, en poings

le genre de mot à faire du mal au fondement

le mot lasson cire nos chaussures

et cyrano vaut mieux que parano

Un mot d'elle, et c'est le motel

Mot râle et mot dit

mot cœur et mot laid, cuit mais pas dur,

un mot lu est un crustacé sans poils

les mots tions ont toujours un petit bout coupé

des mots tôt et des mots tard, qui ensemble arrivent à temps,

les mots las, qui en ont marre de raconter des conneries

les mots tifs, qu'on coupe en quatre, et qui se retrouvent toujours à terre,

des mots de terre, les mots tus, que l'on dit au printemps avec des fleurs,

les mots bylettes qui pétaradent entre les lignes

les mots reines qui dévalent les pentes en jupe de soie

les mots mots, les mous mous, des moutons qui se suivent à la queue leu leu jusqu'à la fin de l'histoire pour tomber dans l'oubli

les mots de la fin qui ont le ventre vide

les mots quête, que l'on use à force d'en abuser

J'aime bien le mot : mot,

c'est un bon pote à mot a.

te reposer



Des rêves glacés

au hasard

sur ton chemin

une femme

tu l'emmènes

jusqu'à l'ombre

des jours

les parois du corps

des foules dansent

flammes égarées

sur des pans de nuits

jusqu'à t'oublier

tu cherches

Sur la peau du monde

des images s'ordonnent

Un instant se posent

Juste au bord des choses

toujours la même question

tu viens te reposer

les pluies d'automne


pluies d'automne
Fais ruisseler

sur mon corps de solitude

les pluies d'automne

Aide-moi à éloigner les fosses amères

des blessures aux innocents infligées

Fais reverdir la peau fanée

de tout ces avants

Où vont les rêves les soleils

des yeux de ceux que l'on a aimés

Où vont leurs voix leurs sourires

la chaleur de leurs mains les chansons qu'ils nous chantaient ?

Que sont devenues ces étoiles que de leurs vœux si fort ils appelaient ?

Et ces moments où, dans leurs bras qu'aujourd'hui l'on sait si fragiles,

l'on s'endormait de tant de tendresse reçue...

D'amour et de laine



Ma Maman, avec de l'amour et de la laine, de la patience et toute sa science, des aiguilles et du style, tricotait, à tous ses moments libres, des deux mains, tricotait, à tous ses moments occupés, jusqu'au lendemain.

Je regardais, fasciné, l'ouvrage s'allonger quand le matin je me levais et qu'elle me regardait, un petit sourire en coin. Cela prenait forme – une bande rouge, une noire, une rouge une noire, forme de quoi je ne devinais pas, et silencieusement elle comptait les mailles, une à l'endroit une à l'envers, et moi tous ces moutons qu'on tond en attendant le dessert. Peut être voulait-elle recouvrir les murs de ma chambre – quelque chose me disait qu'elle se donnait tout ce mal pour moi... - aux couleurs de mon équipe de foot préférée, ou remplacer la moquette usée par un tapis douillet sous les pieds ?

Un jour, elle me dit : Chéri, viens ici - je ne sais pas pourquoi je serai bien parti là-bas- et ferme les yeux, d'accord ? Je sais que j'aurais dû être content... Reste les yeux fermés. C'est vrai que je les aurais bien laissés fermés pendant des années à chaque fois que je passais ce pull... Elle rayonnait tellement qu'elle ne pouvait pas voir le nuage rouge et noir qui flottait sur moi. Comme tu es beau mon fils ! Et je pensais : Avec ça sur le dos, ça se voit pas du tout... Je l'ai fait un peu grand exprès, pour que tu puisses le garder quelques temps.

Ça lui faisait tellement plaisir qu'effectivement je l'ai porté des années, à mon grand désarroi, plus je grandissais plus il grandissait aussi, à croire qu'on était en compétition, et qu'il ne me laisserait jamais arriver à sa hauteur et encore moins le dépasser. J'emmenais toujours avec moi un sac, dès que je me savais hors de vue et malgré la culpabilité qui me rongeait, je me changeais et me sentais littéralement plus léger.

Dans les affaires de ma mère, au fond d'une vieille malle, alors j'étais sûr de l'avoir fait disparaître, je l'ai retrouvé, tout troué mité, les couleurs passées, un peu comme moi. J'ai hésité entre m'en débarrasser une fois pour toutes et... je l'ai encadré et fixé au dessus de la cheminée. J'ai fait quelques pas en arrière dans le temps, et, hochant la tête, j'ai dit tout haut : C'est quand même là qu'il est le plus en valeur, Maman, n'est-ce pas ?

A peine avais-je prononcé ces mots que le cadre se détachait du mur et tombait à terre avec fracas ! Je n'hésitais pas longtemps et le fixais bien plus solidement au dessus de la cheminée, à chaque coup de marteau je disais tout haut : Si, Maman, c'est là qu'il est le mieux ! Ou alors à la poubelle peut être ? ai-je conclu avec un petit sourire narquois.

Je sais que finalement ma mère est d'accord avec moi, aujourd'hui encore son œuvre trône fièrement dans le salon, et ce sont les enfants qui font la grimace...

memento



memento


Il envisage des routes

des emblèmes

comme des lueurs

placées ça et là

des memento mori

pour se souvenir que l'amour

est le but

l'espace

le chemin

J'écris ton non



Sur la colère qui mal étreint

l'abandonné

Sur les jardins sombres

qu'emprisonnent de hautes grilles

Sur les chemins étouffés de béton

qui couvrent tes yeux

J'écris ton non

Sur le jour qui s'oublie de toi

Sur les paupières des aveuglés

Sur la peau flétrie de tes rêves

Par la main cachée derrière ton dos

tendue vers autre chose

Par la paillette d'or

qui parfois surnage de tes obscurités

Par le souffle haletant de tes emprisonnements

Toi qui ne sait le dire que dans le silence

de tes insomnies,

qui ose à peine le murmurer

à l'ombre décharnée de tes blessures

J'écris ton non


ton non

Il y a des ailes...



Des vestiges de rêves s'échappent

- silhouettes pressées -

dans les trilles d'un premier oiseau

et le bruissement des ailes

griffe le sommeil d'aurore

- c'est ici que se posent les chosent, que naît le monde,

dans le battement d'un cœur qui s'entend.

Il y a des lueurs

des pointillés derrière les yeux fermés

un chemin qui clignote d'être à peine entrevu

Y poser le pied, c'est se prendre par la main

cette main que l'on ne savait pas tendue

vers soi

Il y a des ailes

au bout de nos doigts

comme des cheveux couronnant un nouveau-né

on ne sait qu'en faire

sinon ne pas les voir...

Une pensée s'envole

de l'autre côté du connu

Pour la faire grandir il faut la chérir

pour la chérir, il nous faut grandir

Ces chemins bordés d'ailleurs sont faits pour cela

traverser d'autres pays

s'oublier dans un regard

cet espace en nous

et s'y retrouver enfin

chez soi


des ailes

d'une chanson perdue



Chaussures de nuages

le chemin colle à la peau

sur la porte du ciel

ruissellent des échos

Ouvre-moi toi qui navigues

dans les bleus les étoiles

Oublies-tu oublie-toi ?

Que j'étais là

les mains gouttent de souvenirs

j'entends la voix

Où es-tu ? Qui hais-tu ?

Les glaciers fondent

la fontaine dans les yeux

crie toutes ces nuits

l'obsédant refrain

d'une chanson perdue

Un oiseau sans ailes


Un oiseau sans ailes

c'est comme des ils sans elles

des îles sans la mer

notre temps



J'aime tant prendre mon temps

aller de ça de là

sans compter les pas

ni les pourquoi

le nez au vent

les yeux au ciel

de toutes choses cherchant le miel

à laisser avant

se construire des souvenirs

pas des regrets

et qu'après

ne soit qu'un rêve

une sorte de trêve

entre ici et l'autre vie

Qui prendra mon temps

si je ne fais pas...

car même s'il ne m'appartient pas

c'est mon unique trésor



notre temps

de fleurs



Je te parle de fleurs

de miettes de lumière

dans l'obscur d'un cœur

de ces infirmières

qui soignent l'intérieur

laissé en jachère

de soi-même

se souvenir des étoiles



Les étoiles

se souvenir des étoiles

dans les yeux

un chemin de lumière

tes mains

les bras tendus vers moi

tes bras ce chemin

vers le cœur

lumière


Et si tu...



Et si tu... de fleurs en paroles sucrées

lames sur la digue des au-revoir jetés

dans l'ombre de larmes

comme les rayons de soleil,

sur le miroir de rêves,

oubliés

Si tu... dans la main des visages des nuages

songes aux longs cils

enfants penchés sur la rambarde

d'un pont au dessus de rivières de vent

lit de pierres lambeaux de terre

Et pourtant le bleu au bout du ciel

dans le regard fixé d'étoiles peut être

Si tu... de tes habits défaits au pied des regrets

l'envol brusque de sommeils couverts de rosée

un chemin bordé de toi

une source

une résurgence

de toi à toi

montagne et mer

corps et cœur

brûlé de lumière

Et si tu

Photo d'avant



Bitume.

Feuilles nouvelles poussées par le vent. Crottes de chiens herbes jaillissant entre deux éléments de trottoirs en béton.

Une voix étouffée quelque part dans le bruit de circulation assourdi, imposant dans son sillage des images. Une image.

Floue. Sur le goudron des crevasses. Une fleur de laurier rouge écrasée. Comme un signe. Par ici ? Par là ? Signe de croix.

Les yeux fermés comptant les pas.Pas ceci. Pas cela. L'image,une photo floue. Écornée. Plissée. Froissée. Surimposée à l'apparent déroulement des événements.

La vie. Un papier gras ? A côtés, une poubelle. Comme pour mesurer l'effort à faire, la distance à parcourir.

Souvenirs enrobant la vision des choses.Visages effacés, vexés d'oubli. Frappant aux portes. Cherchant la connexion dans le cerveau, le chemin.

Un, deux visages plus nets. Contents, fiers. Émergeant de de la surface, comme hors de l'eau, sauvés de l'oubli. Ou presque.

Le visage d'avant. Sur le corps d'avant. Les cris dans la cours de récréation. Ballon rebondissant sur des bandes blanches. Traversée de la ville envol de pigeons.

Terre, surface d'exploration. Ciel, surface de réflexion.

Du moi, au soi.

quelques os sur la lande



Un peu de poussière

quelques os sur la lande

tu sais

mais l'invisible s'ajoute

à lui-même

il ne sait qu'être semblant d'absence

les ombres

elles

ne sont jamais qu'oubli de lumière

tu sais

qu'au delà il y a

des traces

un peu de ceux

qui furent là

tu sais

ces traces tu suivras

toi même

qui s'imagine encore

n'être que nuit et jour

vie et mort

sur un fil

tendu au dessus du vide

tu sais


sur la lande

Sillons (5)



Premiers jours

la promesse

d'un paradis

une goutte d'eau traverse sa mort

grandir jusqu'au ciel

dans ta gorge

l'arrachement

donne des ailes

d'un coup

la pureté du retour

allume le temps

Sillons (4)



sillon4

D'un mur en robe rouge

une balle a jailli

le cœur aéré

de milliers de fleurs

on y aperçoit

le ciel

entre ces mains

la déchirure de joie

une pluie de soleil

Sillons (3)

sillon3
Tant de monde

un abri trouvé

votre amour

planté sur le ciel

défaille la beauté

jusqu'à l'invisible


votre voix-fleur

rivière qui se donne

revient éteindre la nuit

Sillons (2)



Passage de nuit

en robe de pas

l'ange chasse les roses

le début d' un air

et c'est fini

Tremblement éternel

il contemple l'univers des portes

pensées assemblées

sous le monde

d'éphémères écritures

l'épuisement d'un sourire

Avec les ombres de braise

se crispe la lumière

chambre noire à la lisière du respire

les yeux clos des étoiles

le travail infini des abîmes

comme un fruit mûr sur une couche de neige précoce

le silence tombe sur la page

de tes heures

sillon2

Sillons



sillon1

Au bout de la nuit, un clochard ivre tangue, se baisse -on dirait un arbre fantomatique que secouent de fantasques bourrasques de vent, et ramasse un mégot qu'il observe en secouant la tête d'appréciation. Et c'est Dieu qui se relève et me regarde droit dans les yeux en vomissant.

Ce matin, petit déjeuner de mots. Le soleil éclaire les histoires derrière mes yeux fermés.

Que tu es doux à mon cœur, souvenir de ce que je suis.

Des gens marchent et disparaissent, comme des pages dont les mots sont des pensées en vêtements qu'un vent insaisissable tourne sans qu'on ne puisse rien y faire.

Les sillons que tracent les gens qui passent sur cette place vue de haut sont des fils que tissent d'invisibles mains. Tout est dans le motif qui se trame. Saisir le motif.

J'entends encore le bruit de ses pas, désormais faits de silence, et ce silence tremble en moi.

d'or



d'

or

mon

doux

cœur

blessé

reviens

pardonne

parsème

espace

amour

donne

leur

mes

os
.

sur le bord de la nuit



Des étoiles

dans ma besace

s'amassent

dans la tête le tumulte du temps

corps à corps avec la foule

des villes

au visage sculpté de néant

dansent l'obscur


l'éclair sauvage

plus profond que la fureur

longuement tue le cœur

quitte la paix de papier

pour le sel

sur le bord

de la nuit


renaître

robe des amours

le sang peint le regard

l'arbre-voie

la route

la terre

l'ombre du pas à venir

Une main tient le noir

et en parsème le soleil


Oublie le matin

le long de la mer

Il faut

payer le temps

l'inépuisable beauté des brouillards

les eaux des années

qui font sonner l'espace

la grâce est une barque de patience

Au loin, un arbre


Au loin, un arbre penché au bord d'un lac. Comme s'il y cherchait une réponse.

Je me faufile dans ses bras

J'abuse de mon droit à souffrir

J'en oublie les franges de lumière

autour des mains gantées

des précipices des prières

papier immaculé déchiré

pourtant un sourire et

au dessus d'un chemin séparant deux maisons

se lève un jour

des bruits courent

sur un plancher de bois

des chapeaux sur des têtes et

une pluie de gouttes de ciel

bleu libellule

morceaux de pain sur une table rouillée

embruns perdus poussés par un vent d'hier

j'en oublie les franges de lumière

autour de tes yeux embués

des vagues de supplications

vieilles photos feuilles d'automne

pourtant une main tendue

pont au dessus d'une route

qui coule

dont ne sait où, d'en haut

comme un ciel qu'on tord entre ses mains

enfin



S'arrêter, enfin

prendre la mesure du vide

et s'abandonner

Charentaise


Est-ce que Cocteau, au pluriel, ça prend un X, comme oripeaux ? On a bien plusieurs sois, pour chaque saison du cœur, qui peut durer un instant, un an des vies, des peaux, des vêtements qui s'usent sur les trottoirs de la ville, qui est la vie sans les ll.

Un stylo qu'il frotte sur le rebord de sa semelle avant d'écrire soigneusement sur un bout de papier froissé. Il a des trous dans ses pantalons, dans son caleçon, dans ses chaussettes, système d'aération intégré, et ses chaussures c'est des chaussons. Des charentaises.

Elle était belle, cette charentaise d'il y a un temps, longtemps, quelque part à droite, puis deux fois à gauche dans ses errements ; bien au chaud à l'intérieur, confortable, quelques nuits peut être. Puis cheminer, continuer à cheminer, jusqu'à ce que la fumée sorte de tous les pores où il s'arrête, un peu, pas beaucoup, passionnément mais presque, à faire revenir l'émulation à la poêle d'une nostalgie d'ailleurs qu'on ne peut trouver ailleurs.

N'est-ce pas elle qui lui avait dit : Reste un peu près de moi, j'ai besoin de toi, je coudrais de sourires les tunnels sous ta peau d'avant, je ferai fondre tes pôles afin que s'irriguent tes déserts...
S'adressait-elle vraiment à lui ? La belle à la bête ? Il lui avait répondu dans un rêve: Merci. Tu m'as déjà tant donné que j'en ai pour bien plus d'hivers que je n'en vivrai. Mais peut être était-ce une autre, au détour d'un chemin, dont la présence agit comme une éponge effaçant le tableau rayé de tous les avants. Eau qui coule dans un paysage traversé. Dans les yeux des hommes. Les femmes sont des rivières.

Il lui avait donné un signe de main, demain est un autre jour qui n'arrive jamais, juste un hier qui fait semblant de s'habiller différemment. Et pourtant c'est par là qu'il allait, qu'il va, qu'il ira verra. Peut être.

Oui, un X, pourquoi pas...

la même question




rêves glacés tu prends

au hasard sur ton chemin

une femme tu l'emmènes

jusqu'à l'ombre sur le mur

des jours

parois de corps tu sens

des foules qui dansent

flammes égarés

tu cherches

jusqu'à sur des pans de nuits

t'oublier

sur la peau du monde tu vois

des images qui s'ordonnent

un instant se posent

juste au bord des choses

tu viens te reposer

toujours la même

question


Né-cécité


Il bruine une lumière d'automne

les arbres laissent un tribut

au souffle naissant de l'hiver

leurs feuilles rouillées de mémoire

sous les pas craquent -

les os de la terre -

je cherche la lumière d'un autre jour

pour y plonger mon cœur

que fane l'oubli de toi


Sous le couvert de la nuit

cueillir des bouquets d'étoiles.

Dans ce monde fabriqué par les pensées des hommes, la cécité comme nécessité.

Le regard vers l'intérieur.

L'aube rêve d'un jour,

et les murmures frémissants sculptent

dans la lumière

des dentelles d'ombres.

Depuis les derniers sursauts du soleil,

l'arbre,

imperceptiblement,

s'est rapproché du ciel.


Je m'interdis la nuit, qui emporte trop loin, bien trop loin de soi-même.

Je m'interdis le jour, qui brûle la peau des rêves jusqu'à planter des couteaux dans les bouches ouvertes.

Entre deux, je vis, quelques instants d'aurores, quelques crépuscules.

Sur le matelas de la nuit drapée de jour, j'imagine. Dans les mains des étoiles, des soleils ; la rosée d'un sourire, et un autre que moi.




La lune au chant d'argile

picore les tapis oubliés

laissant les regrets suinter

sur le fil aiguisé des nuits

des ombres funambules se tassent

attendant leurs heures promises

Des doigts frôlent un visage

cherchent la lumière

celle qui parle de toi



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Thème Time Flies par David Yim